Les Damnés – Splendeur sanglante d’Ivo Van Hove
© Christophe Raynaud de Lage
Les Damnés raconte la vie de la famille Essenbeck lors du début de la Seconde Guerre Mondiale. Au fur et à mesure qu’avance le temps et que monte le nazisme dans le pays, nous voyons le vice monter dans chaque personnage, se déchainant, allant jusqu’à l’atrocité absolue, quitte à pervertir, séduire ou tuer sa famille. Retour sur la pièce.
La mise en scène plutôt minimaliste et innovatrice nous permet de se plonger dans l’ambiance du conflit familial étant donné que les acteurs restent toujours sur scène, nous voyons leurs secret, leurs véritables caractères. Chaque personnage représente un mal, mais aussi une idéologie. Bien que les intérêts politiques ne soient pas toujours en jeu, le parallèle est irréfutable, plus le temps va, plus la violence monte, plus on va commettre d’horreurs.
Sur un côté de la scène, 5 cercueils sont installés, qui pourraient représenter les victimes de cette guerre sanglante, les vieux, les opposants, les enfants, les juifs, les fugitifs, les homosexuels, et finalement ceux, qui avaient tout le pouvoir, annonçant dès le début la terreur. Le sol de la scène, tel un jeu d’échecs où chacun se déplace pour vaincre quelqu’un, nous inspire un jeu mortel pour le pouvoir.

©Stephanie Berger
La pièce est frappante par sa violence. Celle-ci est reflétée dans tout, la caméra présente sur scène nous montre même celle qui est cachée, que ce soit un regard, un Homme étouffant dans un cercueil ou un viol pédophile. Les habits changent au fur et à mesure, devenant plus sombres et militarisés tandis que les gens en uniformes ne nous quittent jamais du regard. La musique commence par une morceau classique de Bach et finit par Rammstein, tout évolue en agressivité. La nuit des long couteaux, particulièrement choquante, sort du cadre du traditionnellement “acceptable” au théâtre. On est confronté malgré nous à une violence extrême, cathartique.

© Christophe Raynaud de Lage
Au changement d’actes, les acteurs se placent face au public et le regardent alors que la caméra filme la salle et la projette sur l’écran. On doit se regarder en face, on observe ce jeu de pouvoir, cette horreur, mai elle nous regarde aussi. Allons nous rester sur place, ne rien faire ? La non action résulte en la complicité et tout autant que personne n’a arrêté la montée du Nazisme, personne ne va arrêter les personnages sur scène. La guerre n’a pas que 5 victimes, la 6e est là, enfermée dans la salle, on demeure victime de cette guerre, nous en subissons le souvenir, les horreurs, les familles perdues ou séparées, mais nous sommes aussi face au choix de : “aurai-je pu intervenir ?” ou serions nous restés muets devant ce qui se passait.
Le personnage principal, Martin, n’étant au début qu’une marionnette, chante une chanson sur l’homme parfait de Marlene Dietrich. Par le jeu de pouvoirs, il devient le plus puissant, mais aussi le seul qui reste. Nu, enrobé des cendres de sa famille, telle une statue grecque, il lancera au public un dernier regard accusateur, tandis que les yeux de la violence le regarderont toujours dans le dos.
Retrouvez la pièce le 4 juillet, à 23:30 sur France 5 grâce au programme “la Comédie Continue!”, plus d’informations ici.
Propos de Maria Krasik
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